Ganiath Bello

Pour une meilleure qualité de vie, j’opte pour une famille planifiée

Il s’appelle Mahougnon (Dieu est bon en langue fongbé)

Au départ comme à l’arrivée ; je le croise souvent à l’arrêt-bus. A l’observer de près, il donne l’air d’un adulte en défaut de croissance. A courir comme un damné après les clients du tronçon Tokpa-Missessin ; les disputer avec ses congénères d’infortune souvent plus âgés et plus en force physique ; à ranger les clients avec dextérité, quel que soit leur âge, leur sexe, leur ronchonnement, leur hystérie, leur refus de se laisser entasser; à monter dans le bus avec la rapidité d’un éclair et faire autant pour en redescendre ; à occuper la place réservée aux bagages lorsque le bus ne respire plus que la sueur humaine, la pénitence.

CE N’EST ENCORE QU’UN ENFANT! Et j’ai cherché un petit air de joie au fond de son regard. Il n’y a que résignation, celle qu’on voit sur le visage de tous ceux dont l’enfance a été brisée par l’inconscience des géniteurs.

Elles s’appellent Esther et Blanche

J’ai été très en colère lorsqu’elles se sont approchées. J’étais adossée à une voiture au quartier Aïbatin attendant une facture proforma pour la location d’une résidence dans le cadre d’un projet de formation. Elles se sont invitées dans ma sphère sans mon autorisation. Et au lieu de leur tendre la main après avoir écouté leur mendicité, j’ai été furieuse. J’ai dit qu’elles étaient des menteuses, qu’après 17h du soir, elles ne pouvaient pas en être encore au seul repas de la journée, une bouillie prise le matin avant de sortir de la maison, parcourir la ville à la recherche de clients qui veulent bien de leurs tas de citrons.

C’étaient les vacances et elles ont dit être des écolières. Ce qui pouvait encore tenir lieu de vêtements accolés sur leurs os, était malpropre et loqueteux.
Estelle et sa seconde affirment que si elles rentraient sans vendre le moindre tas de citron, elles seraient battues comme c’est souvent le cas.
Je dépose alors dans leurs mains quelques piécettes et quand elles prennent congé de moi, je ne trouve d’autre répondant à ma désolation, que la prière.

Emmanuel et Likè: leurs prénoms ne m’ont pas échappé, leur histoire non plus 

Je venais de finir mon plat d’ « atassi » (mélange de riz et de haricots accompagné souvent de friture) dans le kiosque de la vendeuse à l’Université, quand une scène peu ordinaire attira mon attention. Une jeune enfant d’à peine 07 ans se présenta à la dame d’un pas hésitant, le regard timide presqu’au sol et demanda à laver les assiettes sales pour en contrepartie, avoir quelques jetons ou un bol de riz. Elle était pieds nus. La vendeuse n’afficha aucune émotion. Elle était habituée. Je donnai 500 francs CFA à la petite fille et poursuivis ma route.

Quelle ne fut pas ma surprise quand je revis la même fille en compagnie d’un jeune garçon plus en âge, quémandant de l’argent, auprès d’un petit groupe d’enseignants. Nous finîmes par comprendre qu’ils exécutaient les ordres de leur mère, restée à la maison.
Ils étaient accompagnés d’un plus petit qu’eux. Trois enfants mineurs à la recherche de quoi nourrir la maison.

Je n’ai pas leurs prénoms…

Il y a aussi l’histoire de cette jeune fille porteuse d’une grossesse presqu’à terme, à la recherche de quoi payer son ticket transport pour Porto-Novo. Elle était en classe de première.

Celle du jeune garçon avec une lourde charge d’oignons sur la tête en plein soleil sillonnant les artères du carrefour Lègba où stationnent les taxis en partance pour Calavi.

 

Les zones rurales et les foyers peu nantis sont exposés à la famille nombreuse

Ces êtres perdus, ayant probablement leur avenir derrière eux, ont été peut-être à un moment donné, le fruit d’une maternité mal négociée ou pas du tout négociée, d’une union irresponsable. Ils ne se connaissent ni d’Adam ni d’Eve. Cependant, un élément central et capital les réunit. La précarité, la misère dans laquelle ils sont nés, vivent et évoluent.Des parents de conditions dérisoires qui ne font pas le choix d’une famille planifiée ou qui n’ont pas accès à l’information et aux méthodes de contraception.

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Un constat que confirme le rapport État de la population mondiale 2017 publié par l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population. Le rapport titré   ‘’Des mondes à part: Santé et droits en matière de reproduction à une époque marquée par les inégalités’’ stipule que « Dans la plupart des pays en développement, les femmes les plus démunies sont aussi celles qui ont le moins d’options en matière de planification familiale ». Comme pour venir conforter le contenu de ce rapport, au niveau du Bénin, la cinquième Enquête Démographique et de Santé  (2017-2018) en sa page 15 affiche un tableau qui explique que le taux de fécondité des femmes rurales est plus élevé que celui des femmes qui vivent dans les milieux urbains.

Capture d’écran du tableau de Fécondité contenu dans la 5ième Enquête Démographique et de Santé au Bénin

Les raisons possibles de cette inégalité sont nombreuses.

– Pesanteurs religieuses, traditionnelles et sociales

– Les femmes rurales ou les femmes de conditions précaires sont analphabètes le plus souvent ou n’ont pas achevé l’école primaire

Absence d’autonomie financière donc absence de décision et de choix propre
Inaccessibilité aux centres de planification familiale

Madame Florence DJIHOUN, Sage-Femme d’Etat, spécialiste SR/PF à APC (Advancing Partners et Communities) explique que les femmes de conditions pauvres n’utilisent souvent pas de méthodes contraceptives à cause du poids de la famille. « La belle-mère peut décider du nombre d’enfants qu’elle veut pour son fils par exemple. Elle n’a pas de volonté à imposer dans ce domaine ! » déclare-t-elle.D’autres facteurs complètent la liste de ce déséquilibre.

– Le concept de la famille traditionnelle qui qualifie de péché et d’abomination, la possibilité de décider du nombre d’enfants voulus

– Manque d’informations sur les méthodes efficaces
– Indisponibilité des méthodes de contraception

– Absence de mesures de sensibilisation

– Inefficacité des choix des canaux de sensibilisation
– Etc.

 Les chiffres avancés dans le rapport de l’UNFPA, sont effarants. « Chaque année, dans les pays en développement, le manque d’accès à des services de planification familiale entraîne 89 millions de naissances non planifiées et 48 millions d’avortements ».

Les statistiques avancées, invitent à réaménager les stratégies et  politiques de sensibilisation sur la planification familiale et les méthodes de contraception, du moins pour les familles rurales et celles qui sont financièrement pauvres.

Réajuster le déséquilibre avec un autre déséquilibre

femmes rurales/image prise sur internet

Dans l’un des bulletins de l’OMS, Organisation Mondiale de la Santé, il est écrit: « Entre 1950 et 1975, le taux mondial de fécondité moyen s’est maintenu à 5 naissances vivantes par femme. Mais avec l’augmentation de l’accès aux contraceptifs et à l’éducation sexuelle – associés au développement économique, à un nombre plus important de femmes dans le monde professionnel, à l’évolution des mœurs et à une survie infantile plus élevée –, ce chiffre a diminué de moitié pour atteindre 2,5 naissances en 2015, selon les données de l’Organisation des Nations Unies. »

A la page 21 de la cinquième Enquête Démographique et de Santé, il est clairement expliqué le même schéma pour le cas du Bénin mais cette fois-ci relatif à l’usage des méthodes modernes de contraception. « La prévalence contraceptive moderne varie sous l’influence de toutes les caractéristiques sociodémographiques, mais les résultats montrent, en particulier, une augmentation importante de la prévalence contraceptive avec le niveau d’instruction de la femme, le niveau passant de 11 % parmi les femmes n’ayant aucun niveau d’instruction à 15 % parmi celles ayant le niveau primaire et à 24 % parmi celles ayant le niveau supérieur. »

D’après la sage-femme d’Etat Florence DJIHOUN, les politiques et mécanismes de sensibilisation aux bienfaits de l’utilisation des méthodes de contraception ne diffèrent pas du tout d’une couche socio-professionnelle à une autre. Les moyens utilisés seraient donc les mêmes pendant que les cibles sont issues de zones non identiques et ne sont guère toutes instruites, autonomes et libres de penser et de décider pour et par elles-mêmes.

Dans son Plan d’Action National Budgétisé pour le Repositionnement de la Planification Familiale 2014-2018 au Bénin, le gouvernement a établi la liste d’un certain nombre d’activités et d’orientations à mettre en oeuvre pour améliorer les demandes des services de la planification familiale. La stratégie D1 à la page numérotée 25 consiste à élaborer une « Campagne d’informations et de sensibilisation sur la PF auprès de la population générale et des femmes en milieu rural et périurbain en particulier« . Une stratégie qu’il faudra réussir en maximisant la sensibilisation auprès des couches rurales, périurbaines et financièrement pauvres, ceci en terme de jours, d’approches utilisées, de temps d’antenne sur les médias au sein de ses communautés. Maximiser aussi l’implication des chefs et dignitaires religieux. Engager plus d’actions auprès des responsables des grandes familles.

Une partie prise dans les programmes de sensibilisation pour l’instruction des filles serait un atout pour réussir la planification familiale. Ceci en raison de la capacité de la gente féminine scolarisée à décider d’une meilleure vie familiale et professionnelle pour elle-même. Elle devient une femme qui a des rêves et des ambitions et arrête d’être une mère-pondeuse. Un libre penseur a écrit: « Si nous devons peupler la terre, peuplons-la bien ; pas avec des souffrances. Pas avec des enfants, à peine sortis du berceau, sacrifiés et condamnés pratiquement à l’errance et à la mendicité. » Pour qu’aucun enfant dans le monde n’ait le sentiment « ...d’être monté en surnombre sur un train déjà complet » comme le dit le dramaturge français André Birabeau.

Ganiath BELLO

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