Ganiath Bello

Lettre à ma fille

Tes Yeux qui me font fondre

Aujourd’hui tu as commencé l’école. A quatre heures du matin, j’étais déjà debout entre surveillant ton sommeil, apprêtant ton petit-déjeuner et le repas à emporter à la maternelle, nos sacs à remplir et à ranger dans le salon, le ménage et la douche qu’il fallait laisser propre après notre passage. Ton papa, proche malgré loin, a réclamé tes photos et a demandé si tu as pleuré. Nana Naré des Intègres t’a écrit une longue prière. Mémé a sauté presque du lit pour te donner la grosse bise et te bénir. Nangan (grande tante : sœur de maman) dans sa serviette et avec son prochain bébé dans le ventre, a ri de bonheur en voyant combien tu étais jolie dans ta nouvelle tenue, celle-là même qui désormais devient ton meilleur compagnon, ton amie fidèle et l’espoir d’un bel avenir protégé et rempli pour toi.

Ma fille, je veux que devant notre petit mais grand miroir à nous seules, tu ne te regardes pas trop, que tu ne vois pas que toi.

Je veux que de tes yeux brillants, tu regardes autour de toi, dans ton cœur. Que tu vois et prennes conscience de ce monde déséquilibré qui nous abrite. Je veux qu’avec tes yeux rieurs et brillants,  tu observes cet enfant, né dans le même mois et dans la même année que toi et qui n’a pas cette chance qui couronne ta tête.

Je veux que tu te rappelles hier au marché, cette petite que tu as pointé du doigt, elle vendait des stylos, une veille de rentrée et que tu te dises qu’elle a aussi le droit d’être emmenée faire des emplettes, essayer des robes pour la rentrée scolaire.

Je veux que tu n’oublies pas ce garçon, qui seul, n’arrive pas à faire grand-chose. Il n’ira pas dans ton école, mais dans une qui soit spécialisée, destinée à des enfants de sa condition et que tu lui dises dans ton cœur, une petite prière.

Ma fille, je veux que tu n’oublies jamais de sourire. En le faisant ce matin, tu as fait sourire aussi ce passant mal menu, tout mal fichu qui s’en allait sans but. Je veux aussi qu’à lui, tu fasses une petite prière.

Ma fille, aujourd’hui en descendant du bus, j’ai croisé de petites filles au marché de Saint Michel, légèrement plus en âge que toi et qui n’auraient jamais dû se trouver là, vendant ou accompagnant leurs parents, ceux-ci ne pouvant les scolariser. A elles aussi, tu dois, nous devons tous une petite prière.

Ma fille, peut-être que cette mission que je te confie, elle est trop grande pour ta petite-grande taille ! Mais ne crains pas du tout. Parce que le Grand Barbu, Notre Mahou (DIEU) ne nous confie jamais rien d’assez impossible. Je sais qu’il t’aime comme il aime tous les enfants du monde.

Ne crains pas parce qu’à la vie et à la mort, jamais je ne négocierai pour t’épauler dans ta mission, jamais je n’oublierai le bonheur que tu es dans ma vie.

A tous les enfants qui aujourd’hui, ne sont pas allés à l’école parce que leurs parents ou leurs tuteurs ou la rue où ils sont, n’ont pas les moyens de les y emmener.

 

Ganiath BELLO

commentaires

  • Un texte qui m’a particulièrement touché. Plein d’amour et de vérité.
    À tous les enfants d’ici et d’ailleurs..

    • Nous avons besoin que ce monde retrouve sa sensibilité. Si nous pouvons travailler à ce que les générations qui viennent, l’apprennent un peu plus que nous… elles auront plus de chance d’être sauvées. Merci Charlotte EZEBADA.

  • J’ai été sensible à la teneur de cette lettre pleine de sens, de compassion, de solidarité, d’espoirs et de regard sur nos réalités sociales. J’y lis une mère aimante. Une âme conciliante. Une croyante reconnaissante. Et un être humain au cœur perlé de bonté. Pour peu que tu as pu l’écrire, que cette lettre apporte apaisement et foi… Merci beaucoup pour cette grâce Ganiath…

    • Merci à toi l’artiste d’avoir pu lire autant de choses dans cette lettre; autant de choses que je n’ai pas pu ou su déceler. Ta générosité n’a d’égale que ton talent.
      Cette lettre est intitulée « lettre à ma fille ». Avant qu’elle ne puisse la lire et comprendre la teneur, c’est au monde entier que je voudrais qu’elle parle cette lettre afin que nous retrouvions un peu plus de notre humanité, de notre sensibilité, de notre dévouement pour l’autre. Dans le contexte d’une globalisation, on ne peut faire la politique du « sauve qui peut » parce que les désastres des uns auront dans une certaine mesure des répercussions sur les autres. Nous ne devons pas nous y tromper. Pardon pour les fautes et les expressions mal utilisées. Merci à l’artiste.

Suivez-moi sur Twitter

Abonnez-vous !

%d blogueurs aiment cette page :