Ganiath Bello
L’igname : ce tubercule aux multiples facettes spirituelles.

L’igname : ce tubercule aux multiples facettes spirituelles.

Igname
Igname

De toutes les fêtes nationale et traditionnelle célébrées au Bénin, il y en a une particulièrement qui pour moi est intrigante. La terre gracieuse au pays, permet la culture de plusieurs produits vivriers. Mais parmi tous, seule l’igname chaque 15 Aout, à la date de la commémoration de l’Assomption est honorée. Elle est triturée et mortifiée à violents coups de pilons au bonheur des papilles gustatives de milliers de Béninois et de touristes, qui mettent un point d’honneur à se trouver à Savalou à l’occasion de cette réjouissance.

L’histoire dans les annales nous apprend que nous devons cette union autour de l’igname au regretté roi de Savalou, Sa Majesté dada Tossoh Gbaguidi XIII. Au-delà de l’aspect festif, certains garants de couvents Vodoun (il faut préciser que l’on remarque deux ou trois types d’écriture du mot qui partent de la prononciation. Cela dépend aussi de la région dans laquelle l’on se situe) dévoilent les caractéristiques spirituelles de ce tubercule

Dada Tossoh Gbaguidi XIII et la fête de l’igname à Savalou

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Pendant longtemps, beaucoup de Béninois et passionnés de l’histoire du Bénin ont pensé qu’ils ne pouvaient consommer la nouvelle igname qu’après le 14 Août. Une date à laquelle les divinités à Savalou l’acceptaient après les sacrifices de feu Sa Majesté dada Tossoh GBAGUIDI XIII au Palais Royal.

Sa Majesté Soffo Ten’pa, prêtre du Thron Kpéto-Vé du temple Budékéomépko (fais une introspection  en Mina, une langue parlée dans le département du Mono) du carrefour IITA dans l’arrondissement de Godomey, commune d’Abomey-Calavi ; affirme que le 15 Août est une date propre à  la commune de Savalou. Certains couvents vodoun d’autres localités du pays ont accompli les rituels propres à la nouvelle moisson de l’igname  à la fin du mois de Juillet.

Dans la documentation reçue à l’Agence de Développement du Tourisme à la Mairie de Savalou, l’histoire nous apprend que le 15 Août depuis 1952, est la date de célébration de la fête patronale de Savalou ; une réjouissance religieuse, sociale et fraternelle au cours de laquelle  ‘’tous les fils et filles de la commune se retrouvaient pour échanger et régler les problèmes de la cité’’.

En 2006 après son intronisation, dada Tossoh GBAGUIDI XIII a introduit dans cette fête de retrouvaille, un volet cultuel que tout le monde appelle depuis lors la ‘’ fête de l’igname’’ à Savalou.

 L’igname : un « animal » offert en sacrifice aux divinités

Selon Sa Majesté Soffo Ten’pa, prêtre du Thron Kpéto-Vé du temple Budékéomépko, cet honneur est en premier réservé aux divinités. A la période de récolte de la nouvelle igname, les adeptes des différents couvents du pays, initiés à cette pratique, s’interdisent de consommer le tubercule parce que ne pouvant distinguer sur le marché l’ancienne récolte de la nouvelle. La crainte est d’en prendre dans les premières moissons de l’année. Un sacrilège d’après le prêtre.

En effet avant de le faire, les prêtres et autres disciples des temples vodouns  procèdent au « sacrifice de l’animal » provenant de la récolte de l’année. Pour les hommes et femmes de certains couvents Fâ et Thron, l’igname découpée en morceau  et cuite avec la peau est rendue en pâte avant de la servir aux dieux accompagnée d’incantations pour avoir et leur accord et leurs bénédictions.

Chez le dieu Sapkata (dieu de la terre), elle est morcelée « crue » sur le fétiche. L’igname est « immolée » dit le gardien des mânes ancestraux. Ces différents rituels sont faits dans un seul objectif : révoquer les mauvais esprits, conjurer le sort, purifier le pays.

L’igname : au-delà de l’aliment.

Le prêtre à l’occasion, nous entretient sur les valeurs thérapeutiques et mystiques de ce légume. Grillé avec certaines feuilles, « il guérit des maladies ». Pour lui, les révélations prennent  fin là. Il n’est plus question de dévoiler au non initié les feuilles en question et les maladies à guérir avec le tubercule.

Cependant, il ajoute que voir dans le rêve une igname, surtout si elle poursuit ou coupe la route au rêveur est de mauvaise augure. Si par ailleurs, dans le rêve, l’igname est cuite en quantité, ce serait un moyen pour les ancêtres déjà décédés d’entrer en communication avec le monde des vivants.

Dans les deux cas, Sa Majesté SOFFO TEN’PA recommande au propriétaire du rêve la consultation du Fâ pour comprendre et prendre les mesures adéquates, conjurer le sort et satisfaire les ancêtres.

 

Pour d’autres prêtres Fâ, notamment Dah Danhwègnon Hèdji dans un couvent à Tankpè, l’igname est à « l’image d’un homme ». A l’opposé des autres tubercules, elle séjourne sous la terre entre sept, huit et neuf mois comme le nouveau-né dans le ventre de sa mère. Aussi, sa constitution physique ressemblerait-elle à celle d’un être humain avec un tronc et les deux extrémités.

Des révélations qui confirment que le mystère des cultes traditionnels au Bénin et le labyrinthe dans lequel l’on s’engouffre à s’y intéressant. Après tous ces rituels, les garants des couvents autorisent la consommation de la nouvelle igname.

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Ganiath BELLO.

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