Ganiath Bello

 »La Vie dans mon Quartier ép. II: Casimir ne parlera pas »

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Casimir assis sur ses pieds

Pour ce deuxième épisode de « La Vie dans mon Quartier », Casimir ne parlera pas. Casimir n’a pas besoin de parler. Ce qu’il sait faire le mieux, c’est sourire et rire. Il sait aussi nettoyer une bougie de moto qui s’est noyée du fait de l’inondation. Il sait laver une moto, l’approvisionner en air ou changer ses pneus, apporter des outils à son patron, rendre service, courir, s’amuser, se salir, taquiner et se bagarrer même s’il est le premier à être roué de coups par ses camarades de jeu. Il sait porter le plus longtemps possible sa combinaison bleue qui lui donne une carrure de professionnel. Casimir sait faire tout ça.

Mais, ce qu’il sait faire le mieux, c’est sourire et rire. Quand il le fait, ses dents sont d’une brillance inégalable. Pas seulement parce qu’elles sont d’une blancheur nette et irrévocable mais surtout parce que son visage dégage une générosité insensée.

Pour ce deuxième épisode, je parlerai pour Casimir. Je ne veux pas être la voix des sans-voix. Je n’ai pas de volonté à faire exaucer. Sauf une. Je veux juste que toi et moi, qui avons la chance d’être instruits, qui comprenons la langue de Molière, apprenions un peu du quotidien de Casimir.

La première fois que j’ai remarqué Casimir, il s’était fait tabasser par ses camarades de jeu un peu plus âgés que lui. D’ailleurs, quel âge a Casimir ? 5, 6 ou 7ans ? Je ne saurai être précise. Soit, je n’ai pas un bon œil ; soit, il fait partie de ses garnements qui  n’ont pas d’âge.

Tellement ils l’ont tapé et taquiné que son amour propre refusait d’abandonner. Après quelques interventions d’adultes dans les alentours, qui lui ont reproché d’avoir provoqué la bagarre, le ‘jeu’ s’est calmé sur les railleries de ses compères (l’un d’entre eux sur la photo en dessous).

 

La deuxième fois que je l’ai remarqué, il avait souri à ma fille qui saluait un passant.  Un sourire beau, captivant et gracieux.

Quelques jours plus tard, j’ai eu l’occasion de demander à une dame du quartier d’où il venait. De tout ce qu’elle m’a servi comme réponse, j’ai retenu une chose. Si les parents de Casimir étaient encore en vie, son état, sa vie n’en donnent pas l’impression.

« Casimir vient du village. Il ne va pas à l’école. On l’a placé près d’une connaissance pour ne pas le noyer dans la précarité. » Pourtant, c’est ainsi que je peux définir ses journées. Il se noie dans une misère opaque.

« On l’a placé auprès d’une connaissance afin qu’il apprenne un métier ». Pourtant, il n’a pas l’âge d’apprendre un métier.

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Casimir en pleine activité

« Il passe toutes ses journées et toutes ses nuits au même endroit. Dans l’atelier du mécanicien ». Pourtant, c’est un kiosque jonché d’outils de travail qui rivalisent de vieillesse. Casimir, malgré toutes les sensibilisations et toutes les distributions gratuites, ne connait pas la moustiquaire imprégnée. Supposons simplement qu’il dort à l’air libre sous la baraque du mécanicien parce que le kiosque à outils, une fois fermé, ne peut abriter personne pour la nuit.

« Le patron de Casimir les nourrit (parce qu’ils sont deux ou trois enfants à se partager cette même vie sauf qu’il doit être le plus petit d’entre eux) grâce aux revenus que peut rapporter une journée de mécanicien de vons » Pourtant, il est loin d’avoir la côte et ne gagne donc pas grand-chose en une journée de travail. L’expression de son visage quelques fois, l’expriment d’ailleurs. Perdu et désillusionné.

Le jour où j’ai demandé à son patron l’autorisation de le photographier et de l’utiliser sur internet, le bonhomme portait un tee-shirt jauni.  Sur ce tee-shirt, il est inscrit « Justice, Amour et Paix ».

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Inscription au dos du tee-shirt de Casimir

Casimir ne parlera pas. Ce qu’il sait faire le mieux, c’est peut-être sourire et rire. Mais c’est surtout souffrir. Souffrir de l’absence d’amour, de l’absence de ses parents, de l’absence de respect de ses droits d’enfant, de mineur. Souffrir de l’absence d’éducation, de protection, d’épanouissement. Souffrir de toutes les absences.

Des millions de Casimir, qui vivent des quotidiens dignes d’une dramaturgie, le monde en regorge.

Casimir n’a pas parlé, mais son tee-shirt sur lequel est inscrit : « Justice, Amour et Paix » parle pour lui. Son quotidien parle pour lui. Sa vie parle pour lui.

NB: Ce n’est pas une fiction.

L’atelier du matelassier, c’est le titre du prochain numéro de « La Vie dans mon Quartier ».

 

Ganiath BELLO.

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