Oumy NDOUR, la journaliste

Belle, Élégante, Gracieuse dans la démarche. Sourire charmeur, Surtout voilée!!! Oumy N’DOUR n’est pas le genre de femme musulmane fervente qui fait de la burqa, une prison pour la féminité. La journaliste de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS), par son style à la fois recherchée, moderne, artistique et religieux qui lui va à ravir; est une tête bien pensée et une professionnelle qui n’a pas sa langue dans sa poche, surtout lorsqu’il s’agit de défendre son pays et sa culture, la religion musulmane, aussi lorsque le débat sur le genre, la parité ou l’égalité entre hommes et femmes s’installe. Vraisemblablement studieuse surtout au cours d’histoire sur les bancs. Un brin d’agacement dans la voie lorsqu’on ne semble pas comprendre sa logique. Très pointue sur les détails quand il s’agit de raconter sa culture, la journaliste, documentaliste culturelle est  la cheffe desk culture sur RTS.

Oumy NDOUR posant pour le magazine  I AM DIVAS Sénégal

La rencontre s’est faite au cours d’un atelier de formation organisé à Dakar au Sénégal, qui a porté sur « La critique face aux enjeux culturels ». L’Organisation Internationale de la Francophonie OIF en réunissant plus de la vingtaine de journalistes culturels de neuf (09) pays de l’Afrique Francophone, a voulu foisonner les connaissances, raffiner les années d’expérience, ajuster certains acquis qui ne sont pas toujours exacts et favoriser un mixage des compétences journalistiques surtout dans ce domaine. Parmi les quatre femmes journalistes sénégalaises présentes à la formation, mieux, parmi toutes les femmes journalistes invitées à Dakar; Oumy N’DOUR, à travers ses interventions, était l’une des plus remarquables et appréciées. Nous n’avons donc pas manqué l’occasion de lui adresser quelques questions sur sa personnalité et la condition de la femme journaliste sénégalaise.

Oumy NDOUR sur le plateau de présentation

Ganiath BELLO : Nous sommes à un atelier sur la culture et nous sommes au Sénégal, comment se porte la culture dans votre pays ?

Oumy NDOUR : La scène culturelle sénégalaise est très intense, très vivante, très dynamique. Nous en tant que journalistes culturels, des fois, on n’a même du mal à suivre le rythme. Tellement, l’actualité ne s’arrête pas, elle ne cesse jamais sur la scène culturelle sénégalaise.

GB : Le Sénégal est un pays laïc et vous êtes une des rares femmes à mettre le voile  à l’écran pour présenter les éditions d’information et des émissions ; qu’est-ce que ça vous fait ? Quelle est la réaction de la population ?

ON : Ah mais ! C’est là que vous vous trompez ! Je ne suis pas une des rares femmes voilées  dans ce pays ; si vous sortez, il y en a énormément de filles voilées au Sénégal. Voilà ce n’est plus quelque chose d’exceptionnel, c’est rentré dans les mœurs maintenant. Oui dans la presse je suis quasiment l’une des premières, ce qui est sûr, c’est que oui je fus la première femme voilée à intégrer le CESTI qui est une école qui forme les journalistes. Longtemps ici, c’était la seule école qui existait et même dans cette zone de l’Afrique, c’était la seule école qui existait et tous les journalistes de la sous-région étaient formés au CESTI et de ce point de vue-là, on peut dire que j’ai été pionnière mais bon je ne trouve rien d’exceptionnel à porter le voile ! Je fais mon travail comme tout le monde et mes convictions religieuses, mes positions sur certaines choses n’influent en rien sur mon travail. Présentement, je suis chef-desk culture et voilà, je couvre de grandes manifestations.

Oumy NDOUR discutant avec le président sénégalais

GB : Quelle est la réaction, le feedback de la population et de vos responsables média par rapport à ça ?

ON : Ben rien ! C’est à dire quand je suis arrivée, les gens ne se sont pas dits que c’est une voilée qui vient présenter le journal, non ; les gens me voient par rapport à ce que j’apporte en tant que plus-value dans le travail que je fais et du coup, comme je l’ai dit, j’ai couvert quasiment les plus grandes manifestations de ce pays et ça n’a jamais posé de problème ! Les interviews présidentielles,  les plus grands artistes… ça n’a jamais posé problème maintenant pour quelqu’un qui arrive de l’extérieur, ça peut lui paraitre un peu bizarre de voir une femme voilée dans ce milieu culturel et tout, mais au Sénégal, ça ne pose aucun problème.

GB : Est-ce que la femme journaliste culturelle trouve le créneau pour s’exprimer autant que lui exige le dynamisme culturel sénégalais ? Autrement, a-t-elle sa place de choix comme le ou la journaliste politique dans les rédactions ?

ON : Moi je n’aime justement pas parler de journaliste homme ou de journaliste femme.  On n’est journaliste ou on ne l’est pas du tout. Donc je ne me présente pas sur la scène médiatique sénégalaise comme une femme journaliste, je suis une journaliste tout court. Parce que, ce que font mes collègues hommes, c’est ce que je fais comme travail et donc je ne vois pas pourquoi il y aurait une dichotomie entre les journalistes hommes et les journalistes femmes. Et de toute façon, moi en tant que femme, je n’ai jamais subi de pression ou de discrimination du fait que je sois femme donc même si je voulais  en parler, je n’aurais pas pu parce que je pense qu’au Sénégal, on n’a largement dépassé ce clivage entre homme et femme dans les médias.

Oumy NDOUR au cours du 1er Salon de la femme musulmane

GB : Vous pensez donc que dans le milieu journalistique sénégalais, homme et femme ont les mêmes droits ou homme et femme font le même boulot ?

ON : Oui tout à fait dans beaucoup de secteurs de la vie active sénégalaise, on n’a dépassé ce stade de parler des femmes dans tel ou tel secteur. C’est vrai qu’il y a encore des places fortes où les femmes ont encore à subir ce fameux plafond de verre où arriver à un certain niveau, on ne peut plus quasiment avoir d’autres promotions ou avancements. Mais dans la presse, je ne le sens pas. Justement, il y a quelques années au Sénégal, presque toutes les responsables des rédactions étaient des femmes et nous à la RTS, on a eu ces dernières années en cinq (05) ans, deux (02) directrices de la télévision. Actuellement,  la responsable de la rédaction du journal télévisé est une femme et elle est là depuis cinq (05) ans.   Des exemples comme ça, je peux vous en citer énormément. Depuis Annette Mbaye d’Erneville qui est la première femme journaliste du Sénégal qui est aussi fondatrice du musée de la femme, je pense que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et ça fait que voilà, on est assez bien intégré dans le milieu de la presse.

GB : C’est déjà bien que la femme soit responsabilisée au niveau de la presse sénégalaise. Par rapport au reportage sur le terrain, les grandes enquêtes, les scènes plus ou moins de violences ou des scènes mitigées, est-ce que la femme a aussi des rôles à ce niveau-là pour les couvertures médiatiques ?

Oumy NDOUR posant pour le magazine Conde Nast Traveller

ON : Entre 2011 et 2012, il y a eu énormément de manifestations contre le troisième mandat de WADE ou il y a eu énormément de choses qui ont été faites dans la rue.  Les activités du mouvement  y’ en marre le 23 juin 2011 ; quand ils ont voulu changer la constitution, il y a eu énormément de mobilisation. Les femmes journalistes étaient sur le terrain autant que les hommes et elles ne se sont pas dites à un moment donné ben écoute ça risque de barder, on va se prendre des lacrymogènes dans la figure, on n’ira pas’ ! Non, elles y étaient et pas seulement en tant que journalistes mais, il y avait aussi beaucoup de techniciennes dans le lot. C’est-à-dire des  »camera-women » qui étaient sur le terrain en train de saisir ces moments historiques et c’était à un moment donné très violent parce qu’on a dénombré des morts parmi les manifestants ; mais n’empêche, on ne peut pas dire que les femmes étaient en retrait, non. Elles étaient au contraire très impliquées parce que je le répète chez nous, quand on va sur le terrain, on y va comme membre de la presse, on n’y va pas parce qu’on est homme ou femme.

NB: Un prochain article nous fera lire les points de vue de Sitha Soro Kelly, la journaliste ivoirienne; Revelyne Some, la journaliste burkinabé et Fatimata SOW, la journaliste mauritanienne.

 

Ganiath BELLO

 

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