UNICEF : UN CLIP-MESSAGE AU-DELÀ DU BON RYTHME

Les artistes présents à la cérémonie

Les artistes présents à la cérémonie de lancement

La couleur bleue du centre Bluezone à Cotonou n’a pas suffi pour embellir l’espace afin de le rendre agréable aux invités que l’Unicef (Fonds des Nations-Unies pour l’Enfance) a conviés au lancement du vidéo-clip « Disons non au mariage des enfants » le jeudi 13 juillet 17. Les fenêtres de sa salle polyvalente, pour l’occasion, ont été recouvertes de nappes de couleur bleue également. Le monde professionnel diversifié présent à cette activité a indiqué l’importance de la lutte menée par l’organisation internationale pour le respect et la protection des droits des enfants. Également de la valeur de l’implication de ces artistes chanteurs et musiciens béninois, qui sans avoir pris un seul centime, a informé Zeynab Habib, ont volontairement prêté leurs voix et leurs images à la réalisation du vidéo-clip, objet de cette rencontre.

Le refrain : « Une petite fille reste encore un enfant. Elle ne peut-être une mère ou une épouse. Laissons-la grandir pour qu’elle vive une vie épanouie. Disons non au mariage des enfants ». Il respecte une chronologie qui commence par les étapes existentielles de la fille (deux premières phrases) pour aboutir à l’interdiction stricte du mariage forcé (quatrième phrase) en passant par la phase de la sensibilisation des familles et parents (troisième phrase) qui tiennent encore à l’application des anciennes coutumes relatives au don de la petite fille même avant sa naissance en mariage et évidemment sans son consentement. Cette requête de l’Unicef et des artistes pour un meilleur avenir de la fille et donc de toute la nation.

Le clip-vidéo, plutôt poignant, est une lame qui transperce le cœur. Le scénario, pensé et tourné de main de maître, reflète l’enfance et l’adolescence non achevées de filles trop tôt placées dans les pantalons d’hommes, pour la plupart du temps, adultes et polygames. La démarche se veut coutumière et voudrait se soumettre à une certaine dignité des familles africaines en général et béninoises en particulier qui pratiquent encore les mariages forcés pour, disent-elles, sauver l’honneur. Les statistiques démontrent que « trois (03) filles sur dix sont mariées avant l’âge de dix-huit (18) ans au Bénin ». Le représentant-résident de l’UNICEF s’en est indigné au cours de la cérémonie officielle de lancement du vidéo-clip. « C’est un vol, un viol et une violence extrême qui doivent être punis sévèrement » a dit docteur Claudes Kamenga. Pour ne pas en arriver justement à cet extrême de mariage forcé et d’emprisonnement, l’ambassadrice de l’Unicef au Bénin, a fait appel à ses collègues artistes chanteurs pour s’engager et sensibiliser via la chanson.

Zeynab-ABIB

Zeynab Abib

 

Tout a été bien pensé au préalable pour qu’à l’arrivée, du nord au sud, de l’est à l’ouest sans omettre le centre, chaque Béninois se sente et se dise concerné par cette démarche aux fins d’une implication volontaire et aboutie. Celle de veiller à réduire et, à terme, éradiquer le mariage forcé dans toutes les contrées béninoises. Ainsi, neuf artistes locaux (huit chanteurs et une comédienne) célèbres et en vogue ont participé à ce travail, qualifié de chef-d’œuvre avec un standing ovation nourri à l’occasion de son lancement. Sagbohan Danialou, Angelique Kidjo, Ignace Don Métok, Kalamoulaï, Norbeka, Sessimè, Dibi Dobo, Olga Vigouroux (plus connue sous le nom Da Yovo) et Zeynab Habib.

Si le français est la langue officielle parlée au Bénin et par la plupart des artistes modernes, donc utilisé aussi dans ce morceau pour le refrain, les langues locales comme le Yoruba (Zeynab), le Mina (Olga Vigouroux), le Bariba (Kalamoulaï), le Saxwè (Norbèka), le Mahi (Don Métok), le Goun (Sagbohan Danialou) et le Fon (Angélique Kidjo, Sessimè, Dibi Dobo) ont servi dans la composition des couplets.

Au-delà des mots, le gestuel a aussi permis d’accentuer le message de sensibilisation. De l’index, l’homme-orchestre et la comédienne Olga Vigouroux ont pointé du doigt d’imaginaires coupables de cette pratique. Comme pour les prévenir du crime qu’ils commettent à l’endroit de la fille, de la vie et de l’humanité. Du même doigt, Kalamoulaï signe par la négation cette exigence ancestrale qui condamne l’avenir des filles âgées de moins de dix-huit (18) ans.

De même que Kalamoulaï, Angélique Kidjo et Zeynab Habib, dans une courte et vive chorégraphie, ont condamné la pratique dans une stricte férocité à nulle autre pareille. Cette même négation, Norbeka, dans les premières secondes du morceau, l’a exprimée non seulement par son index mais aussi à l’aide de ses deux bras.

Pour sa part, Don Métok, les deux mains jointes en signe de supplication et de prière, demande aux auteurs de ces actes d’y mettre fin. Une doléance que ces artistes et l’UNICEF souhaitent voir concrétisée. Sessimè, au-delà de la voix douce et câline, en évoquant la fille dans son couplet, a tourné son regard vers le ciel comme pour dire que la fille est symbole d’un bel avenir. Dans l’usage du langage du corps, le rappeur béninois Dibi Dobo a établi un répertoire d’interrogations pour décrire et déplorer le mariage des enfants. En condamnant l’acte, il rappelle qu’il ne rapporte aucun bénéfice utile aux familles qui en sont auteures.

Le rythme de la chanson est dansant, joyeux et presque festif. Mais il ne supplante guère les paroles. Ici, celles-ci sont capitales. Et si la musique invite à faire plus qu’esquisser des pas de danse, les mots, eux, rédigés dans les couplets sont choquants et écœurants. C’est l’histoire d’une mineure, que dis-je, c’est l’histoire de milliers de mineures dont on arrête le cursus scolaire avant l’obtention de leur premier diplôme scolaire pour les donner en mariage à des hommes assez âgés, qui avec la marche du temps, font d’elles des jeunes mères de plusieurs enfants qui vivent dans la précarité et les violences verbales de leurs pères. Des filles dont le rêve grand a tourné court avant qu’elles n’ouvrent les yeux.

Une vive et permanente émotion se dégage de chaque acte du scénario silencieux surtout avec la présence d’une deuxième fille (amie de la première) qui elle, a fini ses études et a grandi en devenant employeur, donc contributrice de l’évolution du pays. Un parallélisme qui ne finit pas comme il a commencé. Les deux amies d’enfance et de banc ont en effet connu des destins diamétralement opposés.

Un proverbe africain dit que « l’abondance de biens ne nuit pas » ; et chacun des artistes qui ont participé à la réalisation de cette chanson, pris individuellement, réalise déjà de belles prouesses à ses fans qui ne font qu’en redemander. Les mettre alors ensemble sur un même projet n’en est que bénéfique pour les mélomanes et surtout pour tout le peuple béninois qui se voit chargé de la responsabilité du refus du mariage des enfants à travers le titre rassembleur « Disons non au mariage des enfants ».

Ganiath BELLO

 

 

 

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